Les narrateurs
A. Un coeur gonflé de mouches noires. Un désert de solitude. Un paysage de pierres. Des cow-boys. Des mustangs. Un alphabet de mauvaises expériences.
B. De la fumée bleue dans les montagnes. Je suis la seule femme ici qui ne soit pas folle. Il n'y avait pas de vrais cow-boys. Il n'y avait pas d'images réelles. J'avais beau passer l'aspirateur dans toutes les pièces, la poussière était toujours aussi partout présente. J'avais beau laver toutes les vitres, j'étais toujours incapable de respirer. La structure, c'est ça qui clochait. Le soleil brûlait à travers les parasols.
C. Le film américain. Le menteur de la caméra. Le menteur de la littérature internationale. L'Amérique était un conte de fées grandeur nature avec ses montagnes bleues irréelles, avec ses paysages de désert.
D. C'était un tournage dans le désert. Les mustangs étaient chassés du haut d'hélicoptères. Elle ne comprenait jamais ce qui figurait au scénario, elle n'arrivait jamais à se souvenir de ses répliques. Elles avaient quelque chose de plastique. Les hommes avaient tendance à être aspirés à l'intérieur de sa mère. Les hommes sont heureux en ma compagnie. Cela ne veut nullement dire que je suis heureuse.
E. I, a man et Bikerboy d'Andy Warhol. L'histoire de la dissidence, de la langue minoritaire, du cri, du suicide. Tous ces passages et ces issues irrépressibles sans pour autant être considérés a posteriori comme un désert tragique. Elle criait son coeur entre les immeubles. Le champ de la mort était le sien.
F. Ce devait être une histoire dans le désert. Il manquait l'électricité. Il manquait les fils téléphoniques. Comment l'histoire devait-elle être racontée ? Il y avait déjà eu des éternités de blondes décédées.
G. Des histoires. Des surdoses. Des somnifères. Tout va vers sa fin.
H. Des arbres morts. Des histoires mortes. Hold your horses. Il faut que tu retiennes tes chevaux, ma chérie.
I. Valérie. Marilyn. Roslyn. Ulrike. Sylvia. Dorothy. Cosmogirl. Une espèce de génie fou furieux. Elle n'arrivait pas à retenir tous ses chevaux. Cela signifie que nous allons exterminer sa mémoire. Electrochocs, piqûres, camisoles, Elmhurst.
J. Souvenez-vous que je suis malade et que je vais mourir. Souvenez-vous que je suis la seule femme ici qui ne soit pas folle. Souvenez-vous qu'il a pris et qu'il a tué mes pièces de théâtre. Elles étaient déjà mortes, miss. Mes pièces n'étaient pas mortes. Tes pièces étaient déjà mortes, miss. Je veux qu'il figure au procès-verbal qu'il a tué mes pièces. Quel procès-verbal, miss ?
K. Ils ont attendu pendant des heures. La lumière forte projetée sur le lieu du tournage. Cette petite robe à pois blancs. C'était très épique, atemporel. J'aurais pu te raconter dès le début comment ça allait se terminer. C'aurait pu se terminer différemment. D'autres narrateurs existent. Les fins heureuses existent.
L. Expérimentation. Chevaux. Coucher de soleil.
M. Je crois que tu es la fille la plus triste que j'aie jamais rencontrée. Il n'y a pas de murs dans l'obscurité. Il n'y a rien à raconter là-dessus. Je ne peux pas te raconter à quel point je suis triste. Je ne peux pas te le raconter. Il n'est pas possible de penser en dehors des pensées.
N. L'invocation contrainte du fragment de texte et du matériau corporel. La maladie de la douleur. La défense et la défaite. Le sourire et les larmes. Les mélancolies. Tenter plus tard de l'associer au matériau revenait à l'associer à de la neige fraîchement tombée un jour d'août à New York.
O. La neige, on peut la qualifier de texte, ne saurait être censurée. Il n'y avait aucun inconvénient à ce que cela soit sentimental et sale. C'était même un idéal. A quoi ça a servi ? Ils ne sont devenus que des textes merdeux. A quoi ça a servi ? Ils ne sont devenus que des filles merdeuses. Impurs, boursouflés, beaucoup trop rythmiques. Je rêvais de feuilles blanches et pures, de personnes blanches et pures.
P. Les tendances à la fuite de la narration. Une manifestation de douleur. Les phrases se font blanches. Une lourdeur rhétorique. Des univers contagieux.
Q. Toutes les personnes du monde entier m'auraient adorée à l'heure qu'il est. Prends tout de moi, fais-le, je le veux. Quand j'aurai obtenu ce que je veux avoir, je ne voudrai plus jamais le ravoir. Combien de fois mon coeur peut-il se briser ? Je suis la seule ici qui n'ait pas d'âme. J'aurai pu te raconter dès le début comment ça allait se terminer. Prends tout de moi, fais-le, je le veux.
R. J'écris pour les morts. Quelle importance après tout si tout le monde est mort ?
S. Elle continue d'être morte. Elle continuera toujours d'être morte. Elle est la seule à qui je pense. Mensonges. La seule chose que je veux c'est être auprès d'elle. Conneries. Quelle importance après tout si la narratrice ment ? Quelle importance après tout de savoir qui raconte ?
T. Des sauterelles femelles tout de noir vêtues et des foetus hurlants de mammifères. Il n'est pas possible de s'inscrire hors du patriarcat. Il n'est pas possible de se filmer hors de lui. Tu te trouves dans un désert, tu es seule, tu as peur, tu pleures. Il n'est pas possible de penser hors des pensées. Ce n'est pas une structure de ce caractère. Hégémonie massive. Mort des langues de l'exil.
U. Filles à vos Papas, unissez-vous. Elle serait pas un peu hyperviolente et hypernaïve, l'autre là, cette Amerloque blanche, cette pouf white trash ? Tu veux dire l'autre hystéro, là, cette bonne femme qu'arrête pas de délirer avec son manifeste ? Qu'est ce qu'elle essaie de dire, d'ailleurs ? Nan, en fait, j'entends rien de ce qu'elle essaie de dire avec son espèce de voix grave d'animal sauvage.
V. Elle dit : Je rêve que tu ne cesseras jamais de me chercher.
W. Comment je trouve le chemin qui me ramène dans l'obscurité ?
X. Les ténèbres. Le silence. Le désert ne répond pas.
Y. Elle dit : Suis l'étoile. The lost highway.
Z. Suis-la jusqu'à la fin.[ passages, bribes de mots qui ne m'appartiennent pas mais dont je suis tombée amoureuse, on continue de retaper mot pour mot ces passages que je vole au temps et au désespoir ]
Les architectes
A. Le corps est une partie du bâtiment. Les bâtiments créent les êtres humains. Le corps, la surface, l'Amérique.B. Il est impossible d'imaginer un texte sans être humains. Un bâtiment n'existe pas tant que ledit bâtiment n'est pas habité. Le revêtement, les arts mineurs, l'origine de l'architecte. Les architectes, les narrateurs. Je fixe mon attention sur la surface. Sur le texte. Tout texte est fiction.C. La surface, les vêtements, la féminité. Des foules de filles qui se déplacent à travers les villes. Public women, public relations. Street love. Des rues heureuses et ensoleillées. Une prostitution régulée.D. Ne fais pas le pied de grue devant les vitrines. N'arpente pas une rue. Ne marche pas en compagnie d'autres filles. N'adresse pas la parole dans la rue aux hommes que tu ne connais pas. A quels moments une femme peut-elle se déplacer dans la rue ? A aucun moment. Les vents du viol soufflent sur l'Amérique.E. La névrose hétérosexuelle. Les parasites postmodernes. Il faut avoir beaucoup baisé pour arriver à l'antibaise. Martin Luther King parle à l'obscurité. Les panthères noires attendent dans les arbres. Dans son dernier discours il est doux, tendre, il n'a plus peur. Je vais vous manquer quand je serai partie, vous irez mieux quand je ne serai plus là. L'odyssée d'une amazone.
F. L'intérieur se compose de féminité et de sexualité. De chattes et de roses. L'homme est dévêtu, détravesti. Il devient ce costume noir. Il devient des voitures noires dans la ville.
G. Elle était habillée d'une formidable fourrure blanche. Elle voulait participer à un concours de beauté. Elle voulait ressembler à une sculpture. Miss America. L'histoire des blondes. Des putes. Le plus vieux et le plus beau métier du monde.
H. Le concours de Miss America a été introduit la même année que la réforme du droit de vote. Colleen Hutchins de Salt Lake City en 1952 était la plus grande et la plus mince et la plus blonde de l'histoire des Miss America. La réforme du droit de vote a été mise en place, les hommes sont revenus dans les usines, de nouvelles guerres mondiales ont été lancées, la première vague a été engloutie par les océans.
I. La nature mystérieuse des pulsions, la magnificence de leur indéterminisme. La névrose, la culture, l'apathie, la traduction revue et corrigée, la perversion, la très puérile sexualité infantile. L'ensemble des phénomènes de dégénérescence et des perversions pathologiques ont leur fondement dans l'enfance. Il n'est plus possible de recenser ni de cataloguer les phénomènes sexuels sans avoir l'ambition de créer une théorie générale. La relation mortifère entre l'enfant et la mère, entre le nourrisson et la nourrice. Une annexe à la théorie sexuelle. Hey wait mister.
J. Il n'y a pas de soleil dans la maison. Pas de lumière. C'est un corps artificiel que je possède, un désir artificiel. Les docteurs me disent : C'est une affection somatique et non un état. Votre haine des hommes va finir par vous briser. Vous n'avez pas de réflexes, vous souffrez de malnutrition et de soucis. Votre haine des hommes équivaut aux soucis.
[ assez de forces pour briser le monde entier, pour les briser tous, sentir leur os rompre entre mes doigts et la lame glisser lentement dans leur coeur, assez de forces pour les briser tous ]
K. L'influence de la mer sur vos projets d'avenir. Elle était devenue pour lui une obsession. Il voulait continuellement la mesurer et la photographier. C'était un combat, un contrat permanent. Il était présent sur les lieux et pelotait sa maison. Des batailles discrètes. Il rêvait de mourir dans la mer, d'une attaque causée par un arrêt du coeur. Ou d'une attaque causée par un requin. Comme un guerrier.
L. Elle a tellement de temps dans les yeux. Une armée d'hommes en noir. Combien elle en a baisé ? Je ne sais pas. Combien tu en as baisé ? Mille et une nuits.
M. La plus sexy de mes qualités, c'est que je suis toujours d'accord. Je tombe jamais raide dingue de fatigue. J'adore le foutre, j'adore la bite. Je m'en contre tape de savoir qui c'est, ce que c'est, ou c'est, comme c'est. J'adore ça, un point c'est tout. La plus sexy de mes qualités, c'est que je suis toujours d'accord. Je tombe jamais raide dingue de fatigue.
N. La structure cruelle du langage. C'était une maladie, une réaction de deuil complétement inappropriée et digne d'une malade mentale. J'ai éclaté de rire, puis j'ai foncé droit dans la lumière. Il n'y a rien qui puisse générer une réaction appropriée. Tout chez elle, à l'exception de sa voix, a été aspiré puis s'est éclipsé au fond d'un trou noir. Qu'est ce que ça change au fond d'avoir des regrets ?
O. Appelle moi quand tu voudras. Mon vrai nom, tu ne le sauras jamais. La théâtralité. La mise en scène. L'extermination.
P. You want a ride ? Je suis une machine de mort. Il existe un groupe de gens qui sont neutres dans la ville. Je ne veux pas sortir du placard. Je veux rester discrète. On est bien, là, dans le noir. Les abat-jour, les murs, les maisons, les routes, l'Etat. Je travaille avec la surface. La rue est une métaphore, et tout à fait effective du reste. Comme la mer. L'indéfiniment bleu est toujours présent. La mort est toujours présente. Je me réveille la nuit. Seule.
Q. C'était une maison pleine de secrets. Un ciel bleu plein d'étoiles. Les mères avec leurs étoiles et leurs sourires.
R. L'intérieur blanc. Qui l'a créé, que représente le blanc ? La femme blonde, women's building, l'exposition universelle. La Maison-Blanche. C'est la couleur blanche de la peau, la clarté blanche de la pensée.[ ne jamais rien omettre, même si on n'est pas d'accord ]
S. La femme américaine. L'histoire des concours de beauté. Freakshow. Angel snakegirl. Come ( CUM ) and see her beautiful body ugly face. Snakeface. Un cirque blanc, les présidents blancs. L'Amérique est dirigée par des présidents blancs. Des singes poilus, monkeyfaces, destêtesdesinges. Fuckiefuckie. Monkeymonkey.
T. Les filles à leurs Papas et les Gouverneuses de l'Univers. Elles n'étaient pas toutes semblables. Elles n'étaient pas toutes blanches. Aucune n'était authentique. Elles dirigeaient toutes, puis détruisaient. Et toutes adoraient sucer de la bite.
U. Sucer de la bite, ça aussi c'est quelque chose d'effectif. Sucer des bites toute la journée est quelque chose de très réel. Ca a le goût de sel, de merde, d'être humain, d'eau noire. Il est possible de penser à autre chose, il n'est pas possible de ne penser à rien. Dix dollars. Rien. La Maison-Blanche dans la bouche. La clarté blanche de la pensée.
V. La mort est noire. Dormir est noir. La nuit est noire. Quand c'est noir tu pourrais tout autant mourir. Je veux savoir qu'ils ne vont pas brûler mon corps. Je veux être enterrée comme je suis. Je ne veux pas qu'on me touche quand je serai morte. Je veux savoir : Combien de fois mon coeur peut-il se briser ?
W. Certaines expériences ont de l'importance. Qui tu baises à de l'importance. Que tu possèdes une maison a une importance. Que tu sois blanche, que tu sois femme, que tu sois seule. Des doigts de plume. S'il te plaît, touche moi avec tes doigts de plume. Plus fort avec les doigts. Et puis cette langue, là, cette langue douce que tu as dans la bouche.
X. Ca s'est fait, point barre. Tout le monde a un passé. Tout a un début. Tout va vers sa fin.
Y. Une vision de la ville. La reproduction. Les machines. La reproduction artificielle est désormais possible. La reproduction de l'histoire. L'historiographie artificielle, les corps artificiels.
[ Maïlis ? Oui pitchoune je suis là. Où là ? Dans le lit chez Margaux, avec ton frère. Mais non, t'es pas Maïlis, je cherche Maïlis avec ses coeurs et son bonhomme fantôme sur les joues. Mais pitchoune, c'est moi Maïlis ... NON !!! Non t'es pas Maïlis, je cherche Maïlis. Ben écoute, cherche la alors, puisque ce n'est pas moi ]
Z. Ca allait imprégner toute une adolescente. Ca repoussait autour de la maison de Ventor. Le textile. La surface. Le texte. Le théâtre. Les coulisses. Le tissu. Ce n'était pas la vraie vie, c'était une expérience. Le caractère textile du texte. Ce n'était que des figures fictives, une fille fictive, des figurants fictifs. C'était une architecture fictive et une narratrice fictive. Elle m'a demandé de broder sa vie. Je choisis de croire en celle qui brode.
Les psychanalystes
A. Docteur Untel et Untel. Tous les docteurs bouffent du mogadon et des saucisses à la merde au petit déjeuner. Je me sens comme une sale grosse pute. A quels moments une femme peut-elle séjourner dans la rue ? A aucun moment. Le langage n'est qu'une structure, dit le Docteur Baise et Sucerie en me soufflant son vent de viol à la figure.
B. Il était décidé qu'elle serait opérée pour qu'on procède à l'ablation de son cerveau. Il y avait eu des années et des années de conférences internationales. Les intervenants dodelinaient de la tête. Les rapports et les diagnostics voltigeaient dans les salles de conférences. Dehors, le silence était total. Des bâtiments abandonnés, des complexes hôteliers, des bêtabloquants. Ils faisaient des promenades en voiture le long des remblais. Des hôtels abandonnés, des coeurs bombardés, des utopies mutilées. Le champ de la mort. Ils faisaient des promenades en voiture dans les champs de la mort. Ils partageaient leur lit avec l'ennemi.
C. L'univers paranoïde de l'enfant. L'enfance comme un unique et long charnier dans lequel s'engouffrer. La lumière qui tombe des arbres sur ses mains à lui.
D. Les associations paranoïdes. Les comparaisons déplacées. Comment devrais-je décrire cela ? Comment l'histoire devrait-elle être racontée ? Il n'y a rien à raconter.
E. Nous traversons le parc de l'hôpital. Tout le monde porte des habits de malade, tout le monde a les mains qui tremblent. Les médicaments ne sont d'aucun secours. Il n'y a de secours à trouver dans rien. Je ne veux pas aller en hôpital psychiatrique. Je n'aime pas ce parc d'hôpital. Les panneaux, les signaux d'alarme, les heures de visite. Cette lumière toute blanche sur ses mains à lui.
F. Tout mes amis sont des putes, ils coupent les ponts dès qu'ils en ont la possibilité, fais-moi signe si tu as besoin d'un témoin à charge. Comment décririez-vous cette nuit-là ?
G. Je ne veux pas la décrire.
H. Et si vous essayiez quand même ?
I. Je ne veux pas essayer.
J. Comment décririez vous cette nuit-là ?[ d'où peut bien venir cette impression que tout cela, tout ce que je fais, ne sert à strictement rien ? ]
K. Les oiseaux noirs fondant en piqué. Les foetus de mammifères sanguinolents, en flammes. La fin de l'histoire.
L. Les conférenciers continuent. Erica Jong suce des bites à dix mille mètres au dessus de l'Atlantique. Ce club dégueulasse des dix mille mètres. La bite dans la chatte. Putain ce que c'était dégueulasse.
M. Pourtant je sais que ça t'excite. Mon coeur a des palpitations rouges, des palpitations bleues, des palpitations de folie.
N. L'avenir d'une illusion. Au-delà du principe de plaisir. L'interprétation des rêves, psychologie des masses et analyse du moi. Le moi et le ça. Inhibition, symptôme et angoisse. Les chances d'avenir de la thérapie psychanalytique. La psychanalyse sauvage. La dynamique du transfert. Remémoration, répétition et perlaboration. La négation. Le terminé et l'interminable. La théorie sexuelle. Psychopathologie de la vie quotidienne. La persécution dans la famille. L'homme aux loups. Autoprésentation factice. L'humour. L'organisation génitale infantile. Annexe à la théorie sexuelle. Névrose et psychose. La perte de la réalité. Dostoïveski et la mise à mort de la mère.O. Elle passait toutes ses journées au lit. Elle manquait de références, manquait de conviction. Son coeur fulminait et faisait des ravages. Les hommes lui marchaient à travers le visage.
P. Je circule à travers la ville dans ma voiture argentée. Je circule à travers le ciel. Je débarque dans ma voiture argentée. J'ai des cheveux blancs et souples. Appelle moi comme tu voudras. Mon vrai nom, tu ne le sauras jamais.
Q. C'était une passion. Pourquoi je portais des talons aussi hauts ? Pourquoi je portais des robes aussi courtes ? Je voulais me rapprocher du ciel, rien de plus. Get closer to the sky. Je cherchais mes soeurs. Je n'ai pas trouvé de soeurs. J'étais devant la télé et je participais à une hospitalisation sans consentement. Je voyais rarement les médecins.
[ emprunte ma voix ]
R. Non, franchement, merci du fond du coeur pour vos points de vue. Vos opinions sur les quartiers à michetons m'intéressent énormément. Votre façon de vous qualifier de personnes cultivées et ensuite de qualifier les autres de white trash m'intéresse tout aussi énormément. Vous êtes tout à fait les bienvenus pour vous fournir pendant un an en tant que prostitués dans le district de Tenderloin, et puis après, vous reviendrez me voir pour me raconter vos points de vue, d'accord ? Ah, mais surtout : laissez au vestiaire vos points de vue sur les quartiers à michetons, même si vous n'avez réfléchi à l'affaire qu'une poignée de secondes.S. Ma théorie, c'est qu'il n'y a pas de théorie. J'y suis allée sans que personne me force. Je suis allée voir ce psychopathe sans qu'on me force. J'avais ma propre formation universitaire, mais il paraît qu'elle était sans grande importance par rapport au reste. Ils m'ont dit que je manquais de perception du temps. Ils m'ont dit que je manquais de perception de l'espace. Tu sais quel jour on est aujourd'hui ? Viol. Viol. Viol. Viol. Viol. Viol. Tu sais où tu te trouves ? Baise-moi plus fort.T. Il existe une psychologie pour tout. Une psychologie du micheton. Une théorie du micheton. Ma théorie, c'est qu'il n'y a pas de théorie. Le capital. Les femmes. Les bites. Voilà une description correcte.U. Comment décririez-vous le phénomène ?
V. Je ne veux pas décrire le phénomène.
W. Comment décririez-vous le phénomène ?
X. Des requins dans toutes les pensées. Le goût est mort. L'abjection.
Y. Je voudrais souligner que je suis ici de mon propre chef. Toi tu n'es pas ici de ton propre chef. Je voudrais souligner que j'accorde de mon propre chef ces visites de psychopathe. Les visites, oui. Oui, je sais que vous me forcez à être là. Parlez-moi un peu de votre enfance. Je peux te parler de mon cul si tu veux.Z. Pourquoi dirais-je la vérité quand c'est si simple de mentir ? J'ai été violée par un oiseau dans le désert.
Les parasites
A. Soleil noir, neige noire, désespérance noire. Parasites littéraires, parasites postmodernes. Prends tout de moi. Fais-le. Je le veux.
B. Un sac à main plein de dollars. Une femme en robe à motif léopard, des hommes noirs dans des costumes en plastoc noirs, des paysages de neige noirs. Ils te voulaient vraiment. Des phrases cochonnes, des phrases mignonnes. L'argent a tout autant de valeur et tout autant de non valeur.
C. Le ciel cette nuit-là était fait de rien. Les étoiles étaient faites d'emballage de beurre. La balancelle crissait et criait. C'était une histoire straight, un monde straight. C'était une névrose hétérosexuelle, impossible de le décrire autrement. Tu dois apprendre à partir. Tu dois apprendre à dire non.
D. Il n'y avait que des garçons américains authentiques. Des présidents fantoches. Roosevelt. Truman. Eisenhower. John F, Lyndon B, Nixon. Ford. Carter. Everything is made up. Miss Monde. Miss Univers.
E. La pute américaine et le mouvement féministe américain. Faith Whittlesey, la porte parole de Reagan, mélangeait toutes sortes de matériaux dans ses descriptions des phénomènes contemporains. Elle décrivait le XXème siècle comme un seul et même désir collectif de revenir aux sous-vêtements tricotés main. C'était le lundi noir. Il fallait chercher les causes à Wall Street et dans un vieux film hollywoodien de 1947. Ronald Reagan glissait lentement dans le jardin de l'oubli.
F. Une fausse fourrure blanche, des collants blancs, une mini-jupe toujours trop courte. Elle avait ses fleurs mortes et la véranda ensoleillée. Elle avait ses sempiternelles espérances et ses sempiternelles défaites. Les femmes mariées sont toutes des prostituées. Hey wait mister ![ your daddy works in porno now that mummy's not around she used to love her heroin but now she's underground ]
G. Puisque l'enfant rêvait d'un projecteur, la mère était persuadée qu'elle avait accouché d'un petit artiste. Elle frappait aux portes du voisinage avec toutes sortes de compositions florales disposées dans des boîtes de conserve revêtues de beau papier, elle lui lisait des magazines de bande dessinée dans son anglais incompréhensible, et chaque fois qu'il avait terminé une page de son cahier de coloriage elle le récompensait en lui donnant des bonbons. C'est ainsi qu'il a développé une passion de toute une vie pour le coloriage, pour le chocolat et pour sa propre personne. Il considérait son entourage et ses environs comme de gigantesques cahiers de coloriage et l'ensemble des humains comme des copies de sa mère.
H. Le ciel était très violet cette nuit-là. Violet et violent. Il avait un goût de plastique. Je me cachais le visage entre les mains. Je suis la seule personne ici à ne pas avoir d'âme. C'était un camp de concentration luxueux. Dieu n'était pas présent. Nul n'était présent.
I. La métaphore. La rhétorique de la politique sexuelle. Une erreur grave. NOW avait ses racines dans la classe moyenne américaine et dans la décennie terriblement ennuyeuse qu'on qualifiait d'années cinquante.
J. Une métaphore ratée. Comment décrirais-tu cet oiseau ?
K. Le cannibalisme métaphysique. Le rapace de la nature. Les oiseaux noirs fondant en piqué. Une déformation accidentelle du corps pour la cause de l'espèce. Le parasitage par le foetus. Un état pathologique. Une névrose de masse. Une femme au foyer heureuse. Une pute heureuse. Un bel enfant.
L. 26 août 1970. Des dizaines de milliers de femmes défilent dans la Cinquième Avenue. Elles brûlent leurs sous-vêtements, s'embrassent et se tiennent la main. Qu'est-ce qui figure à l'ordre du jour ? Est-ce que quoi que ce soit figure à l'ordre du jour ?
M. Une réunion déjeuner à la Maison-Blanche. Carter. Reagan. Friedan. Les pillages militaires et économiques des nations. Le viol. Les vampires. Dracula. Andy Warhol suce le sang des gens. L'intimité est très intime. Le maquillage. Les salons de beauté. Une révolutionnaire dans chaque chambre à coucher. Un Warhol dans chaque pensée.
N. La prostitution de masse. Le meurtre de masse. To meet is murder. Hey. Wait. Mister.
O. Ils prennent ce qu'ils veulent. Ils ne veulent pas le reprendre. Hey wait mister.
P. Les projections patriarcales. Le plus vieux et le plus beau métier du monde. Je suis la seule personne ici à ne pas avoir d'âme.
Q. Les sérigraphies, les écrans, la torture. C'était une nana cent pour cent haïsseuse de mecs. Une espèce menacée d'extinction. J'aurais pu te raconter dès le début comment ça allait se terminer.
R. Je ne veux pas me soumettre à vos lois. Je ne veux pas trimballer tous ces sacs en papier. Dans les supermarchés je marche en permanence trop vite dans les rayons. Je vole en permanence. Ma mère a essayé de mettre sur pied un comportement normal et de se fondre dans l'environnement. Hey wait mister !
S. Les expériences ne sont pas documentées, elles sont exterminées, anéanties. Elle avait une signature qui a été éliminée, des idées qui ont été englouties par une fabrique artistique. Perte du nom. De la mémoire. Perte de tout. L'oeuvre complète d'Andy : Douleur. Albinos. Dracula. Prothèses. Expérimentations humaines. Manipulations. Massacres.
T. Quelle importance ça a ? J'ai des yeux de poupée, une bouche de poupée, des jambes de poupée, un coeur de poupée. Ils voulaient vraiment m'avoir.
U. Toute civilisation est construite sur la sublimation. Toute civilisation est construite sur l'argent. Toute civilisation est construite sur les névroses hétérosexuelles. c/o The Factory, New York, 1968.
V. Pornographie. Prostitution. Présidents.
W. Toute civilisation est construite sur la répétition. Toute civilisation est construite sur l'argent, la masculinité, les armes. Toute civilisation est construite sur les erreurs des civilisations actuelles. Make no mistake, make women. Make no mistake, make lesbians. Intervention militaire, Vietnam, Distraction.
[ saccades horribles carnages répétion saccades ]
X. L'argent, le shopping, la surface. Il cultivait l'Amérique et les présidents. Il fêtait son anniversaire le jour d'Hiroshima. Be a SOMEBODY with a BODY. Hiroshima. My love. Hiroshima. Mon amour.
Y. Tu voulais te fondre dans les gratte-ciel. Approcher du ciel. Te développer. Ne pas te perdre dans la nuit. Tu aspirais à retrouver tes soeurs en talons hauts.
Z. L'explosivité et la peur sont une seule et même chose. Une peur maladive d'être à court d'idées ou une peur maladive pour les pensées étranges des gens étranges. Il ne supportait pas ses oeuvres de jeunesse. Il était convaincu de pouvoir tromper la mort en portant à l'aube de sa vie une perruque peroxydée, il continue d'être dépendant de prothèses fictives. Les accessoires lui donnaient une apparence étrange.
[ j'éclipse les présidents ]
De l'autre côté de l'alphabet
A. La mourante est souvent inconsciente au cours des toutes dernières heures.
B. Cela ne signifie pas que votre présence à son chevet n'ait aucune espèce d'importance. Cela ne signifie pas qu'elle ne puisse vous entendre, ni vous parler ni vous toucher dans la pièce. Les derniers sens à disparaître sont l'ouïe et le toucher.
C. Un parent proche ou un ami doit être présent pendant les dernières heures, si cela se révèle impossible une infirmière doit veiller la mourante. La mourante ne doit pas être laissée seule.
D. Touchez la main de la mourante, parlez lui, bientôt elle sera partie.
E. Humidifiez ses lèvres avec une serviette mouillée, la capacité à avaler disparaît rapidement, le réflexe de succion demeure jusqu'au bout. On va dire qu'on va s'arrêter là, j'ai plus le temps ni l'envie de continuer de citer.
C'est quoi ce besoin de toujours tout arrondir ? Je pète surtout pas de câbles pour rien, qu'on ne s'y trompe pas, juste 14h57 c'est 14h57 et pas 14h55 ou 15h00.
Bordel de merde.
Quoi, grosse geek sur l'ordi le 31 ? Bwarf, quelle fête ridicule et inutile. Comme je le disais, juste un prétexte pour tous les bouffons de l'Europe Occidentale de se bourrer la gueule en ayant une excuse bidon " Mais quooooiii on passe en 2010 quand mêêêêêême c'est important ... "
Pitoyable, vraiment.
Important ?
Mais qu'est ce que l'importance, hein ?
Je vous le demande, qu'est ce qui revêt de l'importance aux yeux de tous ces gens insipides qui traversent la grisaille de leur routine quotidienne sans penser à rien, sans rien voir, sans rien apprécier sinon une cuite pour " oublier ".
On n'oublie jamais rien, jamais, les traces restent, et peu importe la quantité d'alcool ou de stupéfiants qu'on prendra, je vous le dis petits humains, la mémoire est une chose incroyable, on ne peut pas oublier.
Et heureux soient les " fous " [ qu'est ce que cette société qui se permet de dire " toi t'es fou, en asile, toi t'es normal, circule dans les rues et tue autant de gens que tu veux, viole autant de gamine que tu veux, c'est pas grave t'es normal, pas d'asile pour toi " ], leur mémoire a pu faire abstraction, se déconnecter, s'envoler et pourrir, merci mon dieu pour ma folie, alors quoi je ne peux tuer / violer personne ?
Ben merde.
Arrêtons un instant d'être bornés, stupides, de suivre le mouvement, et si on essayait de penser par nous-mêmes ?
Mais quel joli rêve, pourquoi tant de gens ont besoin d'avoir un système de pensée pour se sentir bien ? Heureux ? C'est évidemment plus simple de dire " c'est pas moi c'est lui qu'a dis que je devais le faire ", assumez, assumons et on verra après.
Enfin.
Très long article, mais si on enlève ce qui n'est pas de moi, ça se résume à peu de lignes en fait.
Réflexions personnelles, aucune colère, non non.
Et bonne chouille à tous etc etc.